L'EURO, UN FRANC SUCCES ?
L'euro s'est fortement déprécié contre les grandes devises depuis son lancement. Les eurosceptiques de tous horizons y ont vu le symbole d'un échec de la monnaie unique. Quel bilan objectif de l'utilisation de l'euro peut-on dresser aujourd'hui ? Ce sont les différents points que nous abordons dans cet article.
La dépréciation de l'euro
Le tableau ci-dessous reprend les cotations de l'euro contre les principales devises lors de son entrée en vigueur sur les marchés et aujourd'hui.
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Cotations |
le 04/01/1999 |
le 07/02/2000 |
Variation |
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Euro/dollar |
1,1875 |
0,9825 |
- 17% |
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Euro/livre |
0,7225 |
0,6150 |
- 15% |
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Euro/yen |
134,00 |
105,75 |
-21%
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Quelles sont les raisons de la chute de l'euro ?
Contre le dollar, la première raison est la poursuite de la formidable croissance que connaissent les Etats-Unis depuis 10 ans. Le PIB américain a progressé de 5,8% au quatrième trimestre 99 et de 4% sur l'ensemble de l'année. Pendant ce temps, l'inflation a été maîtrisée, l'indice des prix à la consommation augmentant de 2,7% en 99. La zone euro ne soutient pas la comparaison en termes de développement économique. Si l'inflation a été faible avec un taux de 1,7% l'an dernier, le rythme de croissance de la zone euro qui s'est établit à 2%, est resté bien en deçà de celui des Etats-Unis. Les statistiques ainsi publiées ont entretenu la grande confiance que les marchés avaient déjà dans l'économie américaine et donc dans sa monnaie.
Par ailleurs, la forte hausse des marchés d'actions a été largement favorable au billet vert. La progression des marchés boursiers a entraîné des achats nets sur la devise américaine du fait d'une capitalisation boursière deux fois et demie plus importante aux Etats-Unis que dans la zone euro.
Enfin, pour les investissements de courte durée, le dollar a amélioré en 99 l'avantage de rémunération dont il bénéficiait déjà par rapport à l'euro. Le différentiel entre le taux directeur de la Réserve fédérale américaine et celui de la Banque centrale européenne qui était de 1,75 point début 99 est maintenant de 2,50 points. A ce jour, l'objectif des fonds fédéraux est de 5,75% alors que le taux d'appel d'offre de la BCE est de 3,25%.
Contre la livre, qui peut actuellement être considérée comme un satellite du dollar, l'euro a également souffert du faible rendement qu'il offre sur les placements à court terme. Le taux directeur de la Banque d'Angleterre est comme celui de la Réserve fédérale américaine de 5,75%.
Contre le yen, l'euro a été pénalisé plus encore que les autres devises par les anticipations de remontée de l'indice Nikkei, le principal indice boursier japonais. Après avoir atteint près de 39 000 points en janvier 90, il s'est effondré, d'abord à cause de la crise immobilière et financière japonaise, puis à cause de la crise asiatique. Il est même passé sous les 13 000 points en octobre 98. Depuis, il s'est repris et il flirte maintenant avec les 20 000 points. Les anticipations de remontée du Nikkei demeurent très vives. Elles génèrent un afflux de capitaux vers le Japon et donc des achats de yens contre toutes devises en dépit d'une conjoncture économique médiocre.
Entre le dollar auquel on peut associer la livre, le yen, et l'euro, ce dernier a donc constitué la devise qui présentait le moins d'attrait pour les intervenants sur les marchés financiers.
Un bilan objectif de l'utilisation de l'euro
Ce bilan peut être établi de différents points de vue.
Sous un angle purement technique, le basculement des marchés financiers est un indiscutable succès. Il n'y a pas eu d' " eurobogue ".
Sur les marchés interbancaires des onze pays participants, les devises " in " ont été complètement abandonnées au profit de la monnaie unique.
En tant que devise d'émission sur les marchés obligataires internationaux, l'euro commence à contester le leadership du dollar, profitant cette fois-ci du niveau moindre de ses taux. En 99, le montant mensuel des émissions obligataires en euro a plusieurs fois dépassé celui des émissions en dollar. Depuis le lancement de la monnaie unique, le taux des emprunts d'état allemands à 10 ans, qui sert de référence pour la zone euro, a toujours été nettement inférieur à celui des emprunts d'état américains de même échéance. Aujourd'hui par exemple, cet écart est d'un point. Le taux des emprunts Bunds à 10 ans est de 5,50% contre 6,50% pour celui des T bonds de durée équivalente.
En tant que devise de réserve, l'euro doit encore faire ses preuves. Les banques centrales asiatiques en sont restées aux déclarations d'intention et n'ont converti en euro qu'une faible partie de leurs énormes réserves de changes en dollar.
Enfin, sur le plan de la facturation des transactions commerciales internationales, la monnaie unique n'a pas enregistré de gain significatif de sa part de marché. Pour la plupart, les entreprises des onze pays participants n'ont pas encore opéré le basculement de leur comptabilité, ce qui explique le peu d'engouement pour l'instant à facturer en euro.
En guise de conclusion, on peut d'abord pronostiquer un passage à l'acte progressif des banques centrales asiatiques dès qu'elles percevront le signal d'un véritable changement de tendance sur l'euro/dollar, ce qui d'ailleurs devrait accélérer la reprise de la monnaie unique.
On peut également recommander aux entreprises de ne pas tarder à réaliser le changement d'unité comptable. Alors l'euro prendra sa vraie place dans la facturation des transactions internationales.
Christophe Mauduit
Lille Place Financière