Le 22/09/2000, en officialisant le lancement d'EURONEXT, nouvelle entreprise de marché pan européenne, le Landerneau de l'establishment financier a entonné un chant de révolution boursière pour le 3éme millénaire. A y bien regarder, cette révolution, passée plus ou moins inaperçue, mérite cependant qu'on s'y attarde un peu tant elle est significative d'une réalité à dimension mondiale.

SBF est morte, vive Euronext


EURONEXT NV est une " naanloze veroostchap " soumise au " structurregime " des Pays-Bas constituée le 20 juillet 2000. Nous dirons qu'il s'agit d'une société dite " grande entreprise " au sens de la législation néerlandaise, constituée sous forme de société anonyme à directoire de droit néerlandais. Son siège social se trouve à Amsterdam, 5 Beursplein, 1012/W, elle est inscrite au registre du commerce d'Amsterdam sous le N° 34137761.
Telle est désormais la carte de visite de la Bourse de Paris labellisée " Euronext Paris ". La Société de Bourse Française (SBF) née en 1988 sur les ruines de la Compagnie des Agents de Change meurt à son tour pour renaître européenne sous pavillon néerlandais.
Dans les faits, trois entreprises de marché : SBF, AEX (son homologue néerlandaise) et BXS (leur homologue belge), ont décidé de fusionner au sein d'une entité unique " EURONEXT NV " pour regrouper 1202 valeurs domestiques et 428 valeurs étrangères soit une capitalisation boursière de l'ordre de 2.500 milliards ¤.
On observera que dans la fusion la " pesée " des poids relatifs a accordé 60% à Paris , 32% à AEX, et 8% à BXS. On observera également que Paris cote 805 valeurs domestiques, Amsterdam, 224, et Bruxelles 173. Les ratios d'échange sous-jacents ont été validés par une " Fairnes Opinion " (1) des services de l'ABN AMRO. Paris a obtenu le privilège du titre de son premier Président historique.
Quelle que soit l'équité réelle des " poids relatifs " retenus pour la fusion, on doit considérer que la nouvelle née est belle et que toutes les bonnes fées se sont penchées sur le berceau. En effet, EURONEXT offre désormais aux émetteurs et investisseurs européens :

  • une plate-forme de négociation unifiée pour un marché dirigé par les ordres (2) qui utilise, le système NSC,
  • une plate-forme unique de règlement-livraison et conservation,
  • un système de compensation centralisé dans une chambre de compensation unique.
  • EURONEXT évalue à 50 millions ¤ par an l'économie d'échelle qui en résultera pour le fonctionnement des 3 places fusionnées. Le coût estimé de la fusion est de l'ordre de 90 à 130 millions ¤ à répartir sur 2000 , 2001, 2002.
    On doit, bien sûr, voir dans cette opération une application du processus de mondialisation qui gagne tous les domaines de l'économie et de la finance. Au cas particulier on trouve, en fait, des significations multiples qui méritent d'être soulignées.
    Telle est, par exemple, la toile de fond de l'Europe Financière en marche depuis 1996. On rappellera que la Directive Européenne sur les Services d'Investissement (DSI, dite ISD pour les anglo-saxons) est entrée en application en 1996. Dés le début de 1996, une nouvelle entreprise de marché " l'EASDAQ " pan-européenne voyait le jour. Depuis 1996 tous les professionnels de la finance et de la Bourse peuvent en effet exercer leur activité dans l'espace européen de la CE.
    Sous l'effet de la DSI, l'émiettement structurel des Entreprises de Marché nationales de l'Europe, venues au monde dans un tissu de monopoles mutualisés et de droits régaliens vole en éclat sous la pression des opérateurs. C'est rassurant, l'Europe économique et financière est réellement en marche, la DSI n'est pas une avancée théorique.
    Telle est aussi la cartographie des systèmes boursiers du continent européen. On se souviendra des rodomontades et des surenchères médiatiques auxquelles les places boursières se sont livrées depuis 1996 pour annoncer des alliances vaudevillesques.
    Au nom des parts de marché à conquérir EASDAQ et SBF rompent leurs fiançailles, Francfort, en flirt avec Paris, annonce soudainement sa fusion avec Londres. De la carpe et du lapin les faire-parts se multiplient, mais un beau mariage de raison émerge : EURONEXT.
    Sans entrer dans le détail des différences entre places européennes il faut souligner l'importance de la Bourse de Paris. Paris est un des éléments clé de l'avenir européen de la Bourse. La Bourse de Londres, non dématérialisée, souffre du handicap d'un marché dirigé par les prix (3) et de sa vétusté profonde cachée sous l'aura traditionnelle des étoiles qui brillent longtemps après leur mort. La Bourse de Francfort souffre du handicap de sa culture boursière trop récente, EASDAQ souffre de son défaut d'enracinement européen.
    Or, Paris, bien enraciné en Europe, bien achalandé, s'est depuis plus de 20 ans radicalement remise en cause pour se moderniser et se renouveler. On se souviendra du remarquable rapport " PEROUSE ", de la création d'un fonds de modernisation, de la dématérialisation des titres, du système CAC créé à partir du CATS de Toronto avec des câbles physiques traversant l'atlantique, du système RELIT. ...
    En réalité Paris, trop belle, a dérangé ses consœurs, ses énarques, sûrs de leur supériorité, n'ont pas amélioré le dialogue avec Londres et Francfort. Mais les faits sont têtus, Paris a pu se positionner par l'effet de sa qualité intrinsèque. Paris aurait pu jouer un rôle plus prépondérant dans EURONEXT, mais là n'est pas vraiment l'enjeu, il faut comprendre que la fusion entre Paris Amsterdam et Bruxelles est certainement la carte gagnante de l'Europe Boursière. On y trouve le gotha des émetteurs européens, le meilleur niveau de technologie normalisée et une main tendue ouverte à l'Europe et au monde entier.
    Ce dernier point est particulièrement intéressant, EURONEXT multiplie les actions qui peuvent la mener à la dimension d'un troisième millénaire :
  • c'est l'annonce dés juillet 2000 d'un " Gobal Equity Market " en négociation avec huit bourses dont New-York pour un marché boursier fonctionnant 24h/24 et couvrant le monde entier,
  • c'est " l'Alliance " avec cinq autres bourses européennes programmée dés 1999
  • c'est " l'Accord Bénélux " ouvrant Euronext au Luxembourg
  • c'est l'accord avec la Suisse, c'est la coopération Euroglobex avec l'Espagne et l'Italie pour les produits dérivés,
  • c'est l'accord " Globex Alliance " conclu avec Chicago (Chicago Mercantile Exchange), Singapour, Montréal et le BM&F du Brésil. Face à la machine EURONEXT, marché dirigé par les ordres qui s'est inexorablement mise en marche il existe une concurrence latente, celle des marchés de culture anglo-saxone dirigés par les prix tels l'EASDAQ qui avait frappé fort en 1996 et qui a perdu bien du terrain aujourd'hui.
  • Culture latine ou culture anglo-saxone voilà l'enjeu d'une Bourse pan-européenne. Quoiqu'il en soit, la Bourse des nations a vécu, vive la Bourse universelle du 3ème millénaire et... que le meilleur gagne.

    Claude DUBUS
    Lille Place Financière


    (1) fairnes opinion : appréciation d'exactitude et de sincérité
    (2) Marché dirigé par les ordres : système de cotation dans lequel le cours de bourse est le résultat de la confrontation de tous les ordres centralisés
    (3) Marché dirigé par les prix : système de marché dans lequel des " markets makers " offrent une certaine quantité de titres à un certain prix (comme des articles vendus dans une boutique au prix fixé par le boutiquier).