de la monnaie scripturale...
a la monnaie électronique
Au royaume des instruments de paiement circulant en France, le chèque règne sans partage. Mais sa place décroît régulièrement et surtout il risque de se voir bientôt préféré, pour des paiements de proximité et de petit montant, des moyens plus pratiques et moins coûteux : les porte-monnaie électroniques (PME) et virtuels (PMV) répondent à ces nouveaux besoins. Si les habitudes du public évoluent lentement, la technologie avance à grands pas.
En France, la monnaie fiduciaire (billets de banque) est moins recherchée que dans d'autres pays (Allemagne, Espagne, par exemple) : elle ne représente que 3,4 % du PIB, soit le 3e ratio le plus faible d'Europe. En revanche, notre pays enregistre le taux d'utilisation de la monnaie scripturale le plus élevé, avec une moyenne de 181 transactions par an par habitant. Encore largement prédominant, le chèque (44,6 % des transactions) cède régulièrement un peu de terrain au profit des cartes de débit (24,8 %), voire des virements (15,1 %) ou des avis de prélèvement (12,6 %).
Mais dans le domaine des petits paiements, des paiements de proximité ou au contraire dans le cadre de la vente à distance, de nouveaux instruments capables de gérer une monnaie électronique apparaissent comme une réponse adaptée, réductrice de coûts, de temps et offrent de nouvelles opportunités stratégiques aux banques.
Le principe de la monnaie électronique est simple : il s'agit de déposer auprès d'un " émetteur " une provision qui sera affectée à des paiements ultérieurs par l'intermédiaire d'un support spécifique ; celui-ci peut être soit une carte à microprocesseur (porte-monnaie électronique) soit un ordinateur personnel équipé d'un logiciel approprié, permettant d'accéder via Internet à un serveur géré par l'émetteur (porte-monnaie virtuel).
L'évolution rapide des technologies a rendu de plus en plus floue la frontière entre ces 2 types d'instruments, maintenant utilisables de façon indifférenciée pour des paiements de proximité ou à distance. La sophistication croissante des téléphones portables n'est pas étrangère à ces spectaculaires progrès.
Contrairement à la monnaie scripturale, la monnaie électronique n'offre pas de gestion individuelle des fonds ; il n'y a plus de tenue de compte nominative ni relevés périodiques, tout au plus un suivi par porteur des numéros des PME émis et des montants chargés/consommés. Autre avantage : l'accès à la provision est immédiat, tout comme la mise à jour du solde disponible (par le biais de la carte à puce ou via Internet) ; de plus, comme il n'y a plus de décalage dans la réalisation du paiement, le transfert des fonds vers le créancier (commerçant) est instantané.
la France a connu un démarrage tardif du PME...
Les porte-monnaie électroniques (PME) ont été expérimentés dans de nombreux pays dans le monde, mais essentiellement en Europe. Ces diverses tentatives ont connu des succès variables, voire aléatoires. Il faut cependant reconnaître que ces opérations pilote auront eu au moins le mérite de montrer qu'un fort taux d'acceptation par les commerçants, de solides habitudes de paiement par carte bancaire et une " ergonomie " conviviale étaient des facteurs déterminants pour assurer un déploiement significatif.
En Europe, il existe actuellement environ 90 millions de cartes type PME valides, principalement en Allemagne (45 millions de GELDKARTE) - mais avec de faibles transactions - et en Belgique (30 millions de cartes PROTON WORLD) avec un réel succès.
En France, après l'échec d'un projet interbancaire en 1996, on relève actuellement 3 expériences en cours, aux caractéristiques et aux ambitions différentes :
Projet MODEUS, qui réunit la Société générale, la Poste, les Caisses d'épargne, la Caisse centrale des banques populaires, la RATP et la SNCF et qui repose sur une carte abritant à la fois des fonctions " billetiques " et des fonctions monétaires de paiement chez divers prestataires.
Projet SEME (Société Européenne de Monnaie Electronique) qui regroupe la BNP, le Crédit agricole, le Crédit mutuel, le Crédit du Nord et le CCF et qui utilise la technologie de la GELDKARTE pour un PME qui est le plus souvent couplé à une carte bancaire classique. La ville de Tours est site pilote cette année.
Projet MONDEX, développé par le groupe Crédit mutuel à partir d'une technologie anglaise (MASTERCARD) visant un objectif de multi-applications, intégrant notamment les transferts de valeur électronique de PME à PME. Strasbourg a été retenue comme ville pilote en 1999.
Pour assurer un développement convergent de ces divers projets sur le territoire national d'abord et en vue de parvenir ensuite à des spécifications rendant possibles un porte monnaie européen inter-opérable (norme CEPS), les banques françaises ont créé la Société financière du porte-monnaie électronique interbancaire (SFPMEI). Celle-ci devrait être l'unique émetteur, en France, de monnaie électronique et agréée en tant qu'établissement de crédit.
... mais a une expérience de pionnière en matière de PMV
Avec la Klébox de KLELINE (groupe Paribas), la France a été pionnière dans le domaine de la " monnaie virtuelle " dès 1997, malgré les obstacles au développement des PMV, dus à la difficulté d'atteindre la " taille critique " générant des économies de réseau avec des systèmes propriétaires incompatibles entre eux.
KLELINE apporte une réponse complète et sécurisée au problème des paiements sur Internet, soit par carte bancaire et protocoles sécurisés (type SSL) pour les gros montants, soit par le PMV KLEBOX pour les petits montants. Les solutions offertes sont, ou bien le " pré-paiement " par PMV (type PME) ou bien le " post-paiement " via un lecteur de carte à puce sécurisé (CYBER-COMM).
Actuellement 330 commerçants (dont 50 % à l'étranger) présents sur Internet acceptent la KLEBOX et offrent à leurs clients la possibilité de payer à distance à partir de leur portable. En 1998, on comptait 60.000 cartes actives ayant généré 120.000 transactions.
La monnaie électronique fera sans doute ses premiers pas au tout début du XXIe siècle. Mais si les progrès de la technologie ne manqueront pas de la rendre de plus en plus attrayante et sûre, le PME et le PMV ne semblent pas appelés à bouleverser, à un horizon raisonnable, le palmarès des autres moyens de paiement ni leur importance respective. Questions d'habitudes, ou de générations... L'essor d'Internet pourrait cependant contribuer à accélérer les mutations. Une fois de plus le commerce et la monnaie ont partie liée.
Bernard Jauvert
Lille Place Financière