Loi de finances

Appréhendée dans l'évolution de l'environnement économique, la Loi de Finances pour 2001 suscitei trois séries de réflexions. Elle complète un processus d'assainissement compatible avec le maintien de la croissance mais qui laisse encore un large champ aux réformes et n'a peut-être pas ménagé suffisamment de marges de manoeuvre. Elle s'inscrit dans un contexte international de plus en plus incertain, le risque pétrolier ayant cédé la place au risque américain. Elle souligne à juste titre que l'économie française dispose désormais d'une capacité à conserver une dynamique propre, lui permettant d'amortir l'effet d'un ralentissement de ses exportations.

LES PERSPECTIVES ECONOMIQUES POUR 2001


Appréhendée dans l'évolution de l'environnement économique, la Loi de Finances pour 2001 suscite trois séries de réflexions.
Elle reste empreinte du poids du passé, tout en comportant de nouvelles avancées pour s'en dégager.
Un redressement notable a été réalisé au cours des dernières années :
le déficit public au sens de Maastricht (comprenant, outre le solde budgétaire de l'Etat, ceux des collectivités locales et des administrations sociales) a été ramené à 1,8 % du PIB en 1999 et à 1,4 % en 2000 face à des objectifs de respectivement 2,2 et 1,8 % du PIB ; il est projeté à 1 % du PIB pour 2001 (hors recettes provenant des ventes des licences téléphoniques UMTS). Le processus d'assainissement n'a pas empêché une croissance forte, la progression du PIB s'étant maintenue proche de 3 % trois années de suite (2,9 % en 1999 après 3,1 % en 1998, 3,4 % en 2000 selon l'estimation de septembre dernier maintenant révisée à 3,1-3,2 %). Il est désormais compatible avec un abaissement des prélèvements obligatoires, lequel donnera un nouvel élan à la croissance et à l'emploi.
Néanmoins, on peut remarquer que beaucoup de progrès restent à accomplir et s'interroger sur la manière d'y parvenir. La France se rapproche certes de la moyenne de la Zone Euro ,dont le déficit public hors UMTS serait de 0,8 % du PIB en 2000 et 0,7 % en 2001. Le poids des dépenses publiques et des prélèvements obligatoires, se réduisant lentement à partir de très hauts niveaux, sera encore élevé (52,1 % et 44,7 % du PIB respectivement en 2001). Le " Plan global d'allègement et de réforme des impôts 2001-2003 " dont la première étape est intégrée dans la Loi de Finances apparaît encore limité dans ses aspects de réforme fiscale, surtout au regard de celle entreprise par l'Allemagne. Le compromis recherché entre soutien de la croissance et réduction déficit a peut-être donné lieu à des occasions manquées. Le supplément de recettes fiscales perçu en 2000, si malencontreusement baptisé " cagnotte ", a été très largement utilisé en baisses d'impôts, geste justifié comme contrepartie aux alourdissements antérieurement subis. Mais sa mise à profit pour accélérer la réduction du déficit aurait dégagé des marges de manœuvre pour le cas où la conjoncture s'assombrirait plus que prévu. Les hypothèses économiques liées à la Loi de Finances ont été celles d'un " environnement international toujours porteur " et d'une " demande intérieure dynamique " qui " devraient permettre à l'économie française de conserver une croissance forte en 2001 pour la 4ième année consécutive ". Elles sont à nuancer légèrement.

La Loi de Finances s'inscrit dans un contexte conjoncturel international de plus en plus incertain.
Le principal aléa retenu avait été lié au cours du pétrole, avec l'idée que la croissance reviendrait à 3 % si celui-ci restait supérieur à 30 $ le baril ou pourrait atteindre 3,5 % s'il retombait en direction de 20 $, la prévision moyenne de progression du PIB pour 2001 s'établissant à 3,3 %. Toutefois, entre le début de l'automne et le début de l'hiver, le risque pétrolier a fait place au risque américain. La Loi de Finances a certes pris en compte que le pic de la croissance mondiale avait été atteint à la mi-2000 et que les Etats-Unis connaîtraient un " atterrissage en douceur ". C'est également la perspective que nous retenons dans notre scénario central pour 2001. Mais au vu de la décélération précipitée de l'activité américaine au 4ème trimestre 2000, qui a d'ailleurs suscité une détente tout aussi prompte des taux directeurs de la Réserve Fédérale, on ne peut tout à fait écarter un scénario de ralentissement profond et prolongé de l'économie américaine, du fait de l'endettement élevé du secteur privé et peut-être d'un surinvestissement des entreprises.

Comme le met en relief la Loi de Finances, la France dispose néanmoins désormais d'une capacité à conserver une dynamique propre.
Les exportations ont constitué un moteur important en 2000 avec une progression de plus de 12 % ; celle-ci reviendrait à 7,7 % en 2001, ce qui est plausible dans le cadre du scénario central et n'est pas catastrophique.
Par ailleurs, la remontée de l'euro qui s'est amorcée à la fin de l'an dernier devrait se poursuivre sans se muer en flambée réellement dommageable pour la compétitivité et aura l'avantage, en freinant l'inflation importée, de redonner une part du pouvoir d'achat érodé en 2000.
Le maintien d'une bonne orientation de la demande interne devrait compenser assez largement la baisse de régime des exportations. A juste titre, la Loi de Finances souligne l'enclenchement, depuis fin 1997, d'un " cercle vertueux emploi-revenu-consommation ". Tandis que la ponction pétrolière de 2000 s'atténue et que de nouvelles réductions d'impôts entrent en vigueur, le marché du travail devrait rester porteur avec des créations d'emploi encore élevées. Après une brève plongée en septembre, la confiance des ménages a d'ailleurs enregistré un plus haut historique en décembre. Leur consommation devrait donc réaccélérer, l'hypothèse de la Loi de Finances d'une hausse de 3,5 % après 2,7 % en 2000 paraissant tout au plus un peu optimiste. L'investissement des entreprises, quant à lui, pourrait bien conserver un rythme proche des 7 % observés depuis fin 1997, du fait d'un taux élevé d'utilisation des capacités de production, d'un recours croissant aux nouvelles technologies, de conditions de financement favorables alors que la modération de l'inflation s'accompagnera d'un arrêt du relèvement des taux directeurs de la BCE.Autrement dit, la croissance française a quelques chances, sauf grave détérioration de la conjoncture mondiale, de rester proche de 3 %.

Annie ANDRE
Lille Place Financière