La gestion d'actifs financiers d'une P.M.E.


Traditionnellement la gestion des actifs financiers d'une P.M.E. n'était qu'un souci très secondaire, le suivi de l'exploitation étant logiquement prioritaire. Depuis le début des années 90, la combinaison de produits financiers devenus très accessibles et de niveaux de taux particulièrement élevés a permis aux dirigeants de PME ou à leurs responsables financiers de découvrir combien les produits financiers pouvaient contribuer à améliorer le compte de résultat.

Dès lors et grâce à une amélioration de la transmission des données bancaires, les PME suivent davantage leur trésorerie excédentaire, passant ainsi de la constatation passive d'un compte créditeur à la gestion active de la trésorerie.
La baisse des rendements monétaires depuis 1995 amène les entreprises à rechercher des alternatives aux placements classiques dont le rendement est aujourd'hui à peine supérieur à 2%.

Le point sur l'offre actuelle

La Sicav (ou le FCP) monétaire a longtemps été le produit vedette de placement grâce à l'extrême simplicité de la négociation (achat et vente le jour même sans frais), du suivi comptable et financier et de rendements proches du marché monétaire (assurant généralement la couverture de l'inflation). Des éléments extérieurs économiques et politiques ont amené de 1989 à 1995 les taux court terme à des niveaux sans rapport avec les besoins de l'économie. Cela fut une aubaine pour les entreprises à forte trésorerie excédentaire, mais ne pouvait durer. Le retour à des niveaux plus cohérents ne doit pas détourner les investisseurs de ce type de support pour leur trésorerie d'exploitation. Désormais les Sicav monétaires sont appréciées pour leurs vrais qualités et non pour les seuls rendements artificiels qu'elles généraient.

Lorsqu'une entreprise présente une trésorerie structurelle significative, d'autres supports de placements peuvent être envisagés dont l'espérance de gains à l'échéance est supérieure aux placements en Sicav monétaire. En contrepartie de cette espérance de meilleur rendement, il faut admettre systématiquement une moindre disponibilité et/ou un aléa sur le gain final. Selon le degré d'acceptation de ces deux critères, de nombreux produits peuvent être imaginés qui sont réunis globalement ci-dessous en quatre familles :

Les placements à taux fixe à moyen terme

Dès lors que la visibilité est bonne, le besoin de liquidité permanente n'est plus justifié. Les placements à taux fixe ont alors l'avantage d'assurer des produits financiers quel que soit l'évolution future des taux. Le rendement est également amélioré compte tenu de la contrainte d'immobilisation. Les supports de placements sont les certificats de dépôts (C.D.N.) comptes à terme, bons à moyen termes négociables (B.M.T.N.) et obligations, couvrant les durées les plus courtes aux durées les plus longues.
L'opportunité de tels placements doit s'apprécier à la fois en comparant le taux fixe proposé aux taux de rendement actuel des placements monétaires mais aussi, et surtout, en fonction des anticipations d'évolutions des taux.
exemple : en 1992, les Sicav monétaires affichaient des rendements de plus de 10 % lorsque des placements à taux fixe à 7 ans n'offraient que du 8%. Cependant, le rendement cumulé sur 7 ans des Sicav monétaires tombait à 5,5% compte tenu de la baisse des taux qui était parfaitement attendue, tandis que le placement à taux fixe assurait 8 %.

La contrepartie de rendements aujourd'hui attractifs (de 3,3% pour un placement à deux ans à 4,9% pour un placement à 10 ans) est le risque en capital que peut occasionner la sortie anticipée dans un contexte de taux défavorables.
exemple : Un placement à 3 ans est réalisé au taux de 3,5%. Un an plus tard, les fonds doivent être récupérés. Le placement dont la durée résiduelle n'est plus que de 2 ans doit être comparé aux taux du moment. Si le taux des 2 ans s'affiche alors à 4,5%, le capital récupéré ne sera que de 98,1% du capital initial, soit une perte de 1,9% (auquel il faut néanmoins rajouter les 3,5% d'intérêts perçus).

Cependant, le contexte de taux peut être soit neutre, soit favorable auquel cas, la sortie anticipée génère un gain exceptionnel :
exemple : dans la même situation que précédemment, si un an plus tard, le taux du 2 ans s'affiche à 2,5%, le capital récupéré sera 101,9% du capital initial, soit un gain de 1,9% (auquel il faut néanmoins rajouter les 3,5% d'intérêts perçus).

Les Sicav obligataires

Ces Sicav dont la durée de placement conseillée est toujours supérieure à 3 ans, profitent à la fois des rendements supérieurs des taux long terme par rapport aux taux court terme (lorsque la hiérarchie des taux est respectée) et de gains en capital lorsque les taux du marché baissent. Inversement une remontée des taux peut être défavorable (comme l'illustrent les exemples ci-dessus des placements à taux fixe). Il convient toujours d'apprécier les performances des Sicav obligataires en respectant le délai de la durée conseillée. Une mauvaise année, comme en 1994, peut amener à rejeter ce type de placements alors que les années qui suivent corrigeront la baisse qui a précédé, comme en 1995. De même, il ne faut pas juger de la qualité uniquement sur les classements de performances historiques, car malheureusement certaines Sicav obligataires ne sont pas toujours "pures". Certaines ont une part d'actions qui dopent les performances des bonnes années et d'autres sont des quasi-monétaires dont les performances sont surévaluées les mauvaises années. Le seul critère pertinent est l'adéquation entre la visibilité dans la durée de placement et la durée de détention effectivement conseillée de la Sicav obligataire.

Les placements actions

Les très belles années de 1996 à 1998 ont réconcilié les français avec la Bourse. Le retard des bourses européennes combiné à la baisse des taux et au retour à la croissance ont généré de hausses sans précédents et pourtant logiques. Les durées minimales conseillées (8 ans) et le risque d'évolution défavorable certaines années rendent ce type de placement souvent trop contraignants pour la plupart des entreprises. Pourtant, pour une partie réduite de la trésorerie structurelle long terme, ce type de placement s'avère le plus rentable.

Les placements hybrides

Les innovations sur les marchés financiers permettent aujourd'hui de combiner les avantages de plusieurs types de placements.
A partir du constat que, dans de nombreuses entreprises, la visibilité des entreprises en matière de trésorerie n'excédait généralement pas un an mais que compte tenu de la faiblesse des rendements des Sicav monétaires, les produits financiers ne représentaient plus d'enjeu majeur, quelques banques ont monté des placements à durée déterminée (de 3 mois à 3 ans) dont le capital est garanti à l'échéance et dont le rendement est indexé sur la progression d'un indice boursier (par exemple le CAC 40), d'une devise (par exemple de dollar) ou d'un taux (par exemple l'EURIBOR). Les espérances de gains sont sensiblement supérieures aux rendements monétaires dans un contexte favorable (de 3 % à 15 % selon les cas) et encadrées en cas de contexte défavorable (récupération du capital soit la simple perte d'opportunité sur les gains).
Ce type de produits reçoit un excellent accueil aujourd'hui, car il associe une simplicité de suivi et permet éventuellement d'améliorer les produits financiers.

François Fontaine
Lille Place Financière