La SAS : de l’expérimentation à la mise en œuvre.

 

Le 26 mars 2003, à l’initiative conjointe de Lille Place Financière et de Lille Place Juridique, une conférence débat dressait le bilan des trois  ans de mise en œuvre des dispositions de la loi du 31 juillet 1999 (*).

 

Créée en 1994 pour faciliter les associations d’entreprise, « démocratisée » en 1999, la Société par Action Simplifiée connaît aujourd’hui un véritable engouement, renforcé en 2001 avec l’entrée en vigueur de la loi NRE réglementant le cumul des mandats.

 

Ce succès s’explique certainement par la très grande souplesse offerte par ce régime juridique.

Rompant en effet avec le formalisme de la Société Anonyme, les statuts de la SAS vont venir s’adapter au projet des associés, qui pourront ainsi se prémunir ou anticiper l’évolution de l’actionnariat, par le biais de clauses spécifiques  d’agrément, d’exclusion ou  d’inaliénabilité, ou encore dissocier le contrôle du capital de celui de l’entreprise, par des clauses de limitation des droits de vote.

La SAS est en ce sens  une structure particulièrement bien adaptée pour préparer une transmission familiale : Un chef d’entreprise peut céder 90 % de son affaire et procéder  à une donation partage lui permettant de profiter pleinement des avantages fiscaux en matière de droits de succession, tout en conservant, avec 10 % du capital, le contrôle absolu de sa société et de son patrimoine.

 

Risques et incertitudes.

Ce cadre juridique privilégié n’est pourtant pas  exempt de risques ou d’incertitudes :

La très grande liberté offerte dans la rédaction des statuts ne doit pas s’exercer aux dépens de la sécurité des tiers : les fondateurs  et leur conseil devront veiller au respect des droits des associés, faciliter l’exercice des missions des Commissaires aux Comptes  et ne pas entraver les règles d’information et de consultation des instances représentatives du personnel.

L’insertion d’ une clause compromissoire est également souhaitable afin de régler à l’amiable les éventuels litiges.

 

Sur le plan fiscal, l’article 1655 Quinquiès du CGI disposent que les règles relatives aux SA s’appliquent également aux SAS, avec cependant deux limites :

 

·        Les filiales européennes d’une SAS ne pourront pas bénéficier des dispositions de la directive européenne sur les sociétés mère/fille, exonérant les dividendes des filiales de retenue à la source.

·        Le statut de « dirigeant de SAS » n’est pas reconnu, en tant que tel, par le Code Général des Impôts, notamment  au regard des règles permettant à un dirigeant d’entreprise d’être exonéré de l’ISF sur la valeur de ses parts sociales. Pour bénéficier de cet avantage, le dirigeant de SAS devra  avoir une fonction « équivalente » à celle  exercée au sein d’une SA, ce qui peut poser des difficultés notamment pour les Directeurs Généraux de SAS.(réponse Muselier, AN n°39477, JO 13/11/2000)

 

Sous réserves d’apporter un grand soin dans la rédaction des statuts, la SAS constitue aujourd’hui un outil juridique efficace au service de la liberté d’entreprendre.

 

François ORAIN

LILLE PLACE FINANCIERE

mars 2003

 

(*) Mes B. DELABRE et R. PREVOT, Notaires ; Mes S. VANDALLE et J-F PETIGNY, Avocats au Barreau de Lille, M. H-L SION de la Cie régionale des Commissaires aux Comptes, Mme M-L THIRIEZ du Tribunal de Commerce de Lille et M. D. PARSY, PDG des Transports FINAND.