La reprise économique

Ses formes, ses limites

Intervention de M. Jean-Pierre CHOMETTE

Directeur de la Conjoncture à la Banque de France

Le 28 janvier 2004, à Chambre de Commerce de Lille Métropole

M CHOMETTE a décrit lors de son intervention la situation économique nationale, européenne et internationale et a esquissé les perspectives 2004.

La conjoncture se présente sous des auspices nettement moins défavorables qu’il y a un an dans un contexte de retour progressif à la confiance. 2003 n’a en effet pas été un grand cru alors que l’horizon s’éclaircit pour 2004. Le scénario de reprise semble le plus probable – les dernières prévisions avancées par le FMI tablent sur une croissance à l’échelle mondiale de 3,5% en 2004 contre 2,5 % en 2003 – même si la zone euro risque de ne pas suivre à la même vitesse.

Les Etats-Unis, qui jouent manifestement le rôle de locomotive, connaissent depuis quelques mois un retournement de tendance marqué - 8 % de croissance annuelle au troisième trimestre - et l’exercice 2003 s’est achevé sur un rythme de croissance de l’ordre de 2,5 %.

Les raisons en sont multiples : fin de la guerre en Irak, politique budgétaire très expansionniste, mesures fiscales en faveur des ménages, intérêts réels très faibles, effet de richesse immobilier, reprise de la bourse, désinflation, tous éléments qui soutiennent la consommation des ménages (A noter que la demande des ménages pèse pour environ 2/3 du PIB américain)

Les entreprises ont pour leur part retrouvé des conditions d’exploitation plus satisfaisantes : amélioration de la productivité du travail, faible coût du crédit, hausse des profits d’exploitation, redémarrage de l’investissement (+ 4% attendu en 2004 contre + 2,2% en 2003), environnement fiscal favorable…

Dernier moteur de croissance, les exportations sont soutenues par le glissement du dollar.

Quelques bémols doivent néanmoins être apportés ; la reprise intervient en effet dans un contexte de déficits budgétaires et commerciaux inquiétants. Ces déficits sont d’ailleurs trop importants pour se résorber naturellement et les analystes économiques tablent sur la poursuite d’un ajustement à la baisse du dollar. Les Etats-Unis pourraient en outre être tentés, dans certains secteurs, par des pratiques protectionnistes nuisibles au commerce mondial.

La reprise aux Etats-Unis est amplifiée par les performances récentes de la zone asiatique. Le Japon sort enfin d’une longue période de récession et la croissance pour 2003 a été de l’ordre de 2%.

La Chine connaît une croissance très rapide, sur un rythme de l’ordre de 8%, tendance qui devrait se poursuivre dans les prochaines années. Les investissements de modernisation des équipements sont très soutenus et la consommation interne bénéficie d’un effet de rattrapage porteur, la croissance étant dopée par l’afflux des populations qui passent d’une économie rurale à une économie industrielle et urbaine.

Les PECO connaissent de la même façon un rattrapage général, leurs économies dépendant largement de l’Europe occidentale et de la Russie qui bénéficie également d’un redressement de sa situation économique liée pour partie aux cours élevés du pétrole.

Après une année 2002 très difficile, l’Amérique Latine relève la tête en 2003 à l’exception du Vénézuéla qui est toujours dans une passe difficile.

La zone euro montre pour sa part des signes de reprise qui apparaissent cependant moins vigoureux que dans les autres zones géographiques passées en revue. L’endettement des entreprises est toujours globalement élevé (il représente environ 60% du PIB) et, compte tenu des législations relativement strictes, les mécanismes d’ajustement sont plus lents. Dans ces conditions, la politique de compression des coûts se poursuit, entraînant une augmentation des délocalisations. L’Allemagne a connu une croissance zéro en 2003 et la situation a été quasiment similaire en France qui contrairement à ce qui avait été observé pendant plusieurs années, ne bénéficie plus d’un différentiel en sa faveur au sein de l’Europe.

Sous toutes réserves, la croissance attendue au premier trimestre devrait être de + 0,6% avec un acquis sur le premier semestre de l’ordre de 1%. Pour l’ensemble de l’année 2004, le PIB pourrait progresser de 1,5 à 1,7 %.

Pour conclure, la reprise que connaissent les grandes zones géographiques est incontestable et la zone euro devrait bénéficier de l’amélioration de l’environnement économique global même si quelques inquiétudes subsistent à savoir le caractère soutenable des déficits jumeaux américains, l’évolution du dollar dont l’effondrement pourrait déséquilibrer l’économie mondiale et le potentiel de croissance européen relativement limité.

BANQUE DE FRANCE

Pour LILLE PLACE FINANCIÈRE