Directeurs Financiers et de Contrôle de Gestion
Les fonctions de directeur financier et de contrôle de gestion connaissent actuellement une forte évolution. Le développement de l'externalisation des services et l'émergence des nouvelles technologies de l'information et de la communication font de plus en plus du directeur financier, un manager de ressources plus que le responsable hiérarchique qu'il était dans l'entreprise traditionnelle. Cette évolution oblige les professionnels de la finance et du contrôle de gestion à associer dans leurs comportements professionnels expertise puissante et fortes qualités humaines.
Telles sont les conclusions du débat organisé le 2 décembre dernier par la DFCG Nord Pas de Calais
Evolution des compétences
et perspectives
Le directeur financier d'aujourd'hui, comme tous les autres responsables de l'entreprise, doit s'adapter à un contexte fortement évolutif. Pour Jean-Pierre BILLE, l'émergence de la toute puissance de l'actionnariat, l'explosion des nouvelles technologies de l'information et de la communication viennent bouleverser l'organisation traditionnelle des métiers de la finance. Les fonctions sur lesquelles le directeur financier a construit son pouvoir et son organisation (comptabilité, trésorerie, informatique, paye..) sont souvent les premières visées par l'externalisation.
De plus, comme le souligne François POTIER, dans un environnement mouvant ou Internet et l'e-commerce apportent un facteur d'accélération fantastique, il ne s'agit plus pour l'entreprise de gérer pour durer mais d'entreprendre pour lutter et gagner ses parts de marché.
Le changement fait partie du quotidien. C'est même devenu une norme pour les entreprises et les hommes. Il faut aller vite et celui qui ne s'adapte pas disparaît. Tout cela suppose que chacun se considère comme acteur de son propre destin à l'intérieur comme à l'extérieur de l'entreprise et les responsables dit "hiérarchiques" vont devoir accompagner leurs collaborateurs sur cette voie délicate. Les directeurs financiers ou de contrôle de gestion n'échapperont pas à ce mouvement. Ils sont parmi les premiers, au contraire, à devoir connaître ces évolutions.
Clarifier son rôle et travailler en réseau
Jean-Pierre BILLE l'affirme ; Pour les directeurs financiers, les enjeux sont multiples. Ils doivent clarifier leur métier et leurs missions. Pour répondre aux soucis d'amélioration de la productivité ils doivent allouer les ressources humaines et financières dont ils disposent sur les segments les plus créateurs de valeur en sachant privilégier le moyen terme tout en donnant des gages au court terme. Le directeur financier doit maîtriser les risques financiers tout en apportant à l'entreprise sa contribution aux gains de productivité supplémentaires que celle-ci réclame. Pour se faire, Jean-Pierre BILLE considère que les directeurs financiers devront, pour satisfaire à ces enjeux, tout à la fois :
Développer les activités de conseil en interne auprès des opérationnels, en amont du business de l'entreprise.
Mettre en place des outils E.R.P. permettant des reportings et contrôles efficaces à moindre coût.
Développer des capacités de communication externe pour rassurer et expliquer la stratégie de l'entreprise (communication financière).
Le directeur financier doit aujourd'hui développer une capacité d'animateur de réseau 5
Favoriser le développement des compétences pour gérer le changement
Selon François POTIER, les compétences sont aujourd'hui essentielles. Plus l'entreprise cherchera à gérer par les compétences et moins elle développera une gestion de caste, de clonage fondée sur l'adhésion à une culture, plus elle se préparera aux mutations nécessaires pour s'adapter aux exigences de l'économie. Développer une relation viscérale forte entre les collaborateurs et l'entreprise présente le danger de raisonner en clan ou en tribu et ne prépare pas aux ruptures.
Les compétences pour les dirigeants en Finance ou gestion doivent être techniquement puissantes aussi bien pour les experts que pour les généralistes. Ces compétences qui s'apprennent et qui s'acquièrent finalement assez facilement par l'expérience et la formation feront la différence dans le recrutement et dans l'évolution de carrière. Mais pour François POTIER, ce sont les compétences humaines et comportementales qui seront discriminantes
Développer la performance économique et financière tout en travaillant sur les enjeux humains.
C'est pour François POTIER l'enjeu majeur qui attend les responsables financiers. Ces deux logiques ne s'opposent pas, elles vont ensemble. Elles sont liées de manière indéfectible, la première pesant sur le court terme dans une pression souvent lourde mais stimulante, l'autre ouvrant, si elle est maîtrisée, la pérennité des résultats dans le long terme. Les deux se rejoignent même lorsqu'on ne s'y attend pas : on observe maintenant que certains fonds de pension américains commencent à apprécier leurs investissements aussi sur des critères sociaux. Les investisseurs ont semble-t-il compris l'intérêt du "rating social ".
Est-ce que le directeur financier mesure toujours les conséquences humaines des stratégies économiques qu'il prépare et conduit ? François POTIER voudrait que cette question soit posée en permanence. Dans bien des cas en effet, l'exigence de résultats immédiats dans une pression d'enjeu très fort peut faire baisser la vigilance.
Perspectives internationales et mobilité
Pour faire face à ces nouveaux enjeux, Robert CHEVILLOTTE s'accorde parfaitement avec Jean-Pierre BILLE et François POTIER. Les directeurs financiers devront plus encore demain qu'aujourd'hui s'adapter à ce contexte en mouvement.
S'adapter par le développement de compétences internationales d'abord. Le passage par des expériences à l'international, outre qu'il apporte un effet turbo à une carrière, contribue à la compréhension du monde économique, à ses risques et à ses enjeux.
La mobilité physique mais aussi intellectuelle est nécessaire. Etre mobile conduit selon François POTIER, à se remettre en cause, à apprendre d'autres manières de faire, à écouter, à ne pas tomber dans l'arrogance, à accepter de ne pas savoir, à accepter d'être vulnérable.
Le directeur financier et de contrôle de gestion pourra faire appel à une image qui lui donnera à réfléchir : L'image du Homard qui grandit en abandonnant sa carapace, il y a de vrais moments de risque, mais aussi de belles opportunités de croissance.
Philippe FAJARDY
Lille Place Financière